Photos: Fernando Grilli

Tribune

Vitamine A: La nature, intarissable source d'inspiration, par Ricardo Fernandes

En 1856, lorsque Claude Monet fut présenté au peintre Eugène Boudin, ils devinrent de grands amis. Boudin, qui ne travaillait qu’à l’air libre, invita Monet à sortir de son atelier pour lui enseigner quelques techniques inspirées de la nature.

 

Claude Monet s´épris très vite de la peinture à l’air libre et décida de cesser de suivre la voie des arts traditionnels. Amoureux de la nature, il quitta Paris en 1883, pour s’installer à Giverny et y créer son propre jardin. Il loua une maison, entourée d’un terrain de 8.100 m², où il pourrait élever ses 8 enfants, près d’une bonne école, et pas trop éloignée de Paris où il vendait ses toiles. Giverny, était alors un petit village bucolique, de 300 habitants, à environ 70 kilomètres de la capitale, qui impressionna beaucoup Claude Monet. La versatilité de la nature, les jeux de lumière, la constante mutation de couleurs et de tons, la multitude d’arômes qui émanaient des fleurs le fascinaient et firent naître en lui une grande émotion artistique et une immense complicité avec son environnement.

 

En 1890, grâce à la multiplication des ventes de ses oeuvres qui remportaient alors un immense succès, Monet acheta un terrain, puis peu à peu en acquit de nouveaux, aux alentours de sa propriété, au sein desquels, avec l’aide d’une équipe de 10 jardiniers et 3 chauffeurs, il créa un véritable petit paradis.

 

À Giverny, Monet planta une grande variété de fleurs, de plantes ornementales et d’arbres fruitiers, créant ainsi, spontanément, de magnifiques jardins, en laissant la nature se charger de dicter la beauté esthétique et visuelle des lieux. À la fin de sa vie, il avait planté plus de cent quatre vingt mille types de fleurs et de végétaux – de rares bambous japonais, des pommiers, des azalées, des framboisiers, des iris, des tulipes, des roses chinoises, des citronniers, des myosotis, des dalias, des tournesols, des Lys, des hortensias – une multitude d’espèces différentes, offrant une grande variété de couleurs; chacune avec une date de floraison spécifique, planifiée de manière à avoir durant toute l’année, un beau jardin fleuri.

 

« Lorsque Monet était loin de chez lui, sa compagne, ses huit enfants, ses ateliers, ses deux jardins et surtout ses fleurs lui manquaient beaucoup. Tous les matins il prenait un bain glacé, puis buvait un café fort en compagnie de ses enfants avant de commencer sa journée de travail. Après avoir pris son petit déjeuner, il ouvrait la porte de la cuisine et sortait peindre dans ses jardins, où tout respirait, où tout était plein de vie et où le temps s´arrêtait », dit Claire Joyes, la femme de l’arrière-petit-fils de Claude Monet qui est l’auteure des principales biographies de l’artiste.

 

Gilbert Vahé, chef du Jardin de Monet depuis sa restauration en 1977, raconte que Claude Monet s´est toujours considéré comme un paysagiste et que c’était ainsi qu’il aimait se présenter. Il profitait de chaque instant, de chaque métamorphose, de chaque contraste de lumière, de chaque modification de couleur ou nouvelle floraison pour représenter ses jardins de la manière la plus parfaite possible.

 

En vingt ans de travail, Monet peignit plus de 272 oeuvres cataloguées de son Jardin d’Eau où son Pont Japonais apparaît plus de 45 fois, sous des angles et des lumières différentes, dans un décor naturel d’une grande beauté. Amoureux des couleurs de l’eau et de la mer, il disait que chaque instant correspondait à une relation entre la nature et la lumière, avec des ombres et des reflets de plantes dans l’eau et, dans ses jardins, il n’a jamais laissé place à la monotonie.

 

D’ailleurs, les murs multicolores de sa résidence possèdent, eux aussi, des tons de fleurs. Monet choisissait les meubles et les étoffes en fonction de chaque ambiance et administrait lui-même chaque détail. Ses jardins ont toujours été son espace préféré, cependant, il adorait également sa cuisine et sa salle à manger, où il recevait ses amis qu’il aimait avoir près de lui, explique Claire Joyes. Clemanceau, Mebeau, Cézanne, Rodin, Georges Truffaut et plusieurs autres personnalités du monde des arts et de la politique étaient des habitués de la maison – et c’était dans sa grande cuisine bleue, très moderne, qu’il leur préparait les plats anglais qu’il aimait tant. La salle à manger jaune était, elle aussi, minutieusement décorée, pour les diners et les fêtes, réservés à ses amis. Après les repas, il les invitait à faire une promenade dans les jardins qu’il avait lui-même créés et qui nous révèlent son extrême sensualité puisée dans la nature : celui du Clos Normand, avec ses massifs géométriques, situés devant la porte principale de la maison, puis dans le Jardin Aquatique, de l´autre côté des rails du chemin de fer. De telles promenades donnaient toujours aux visiteurs la sensation de pénétrer au sein même de l’œuvre de l’artiste et de son intimité avec la nature. Monet discuta souvent la structure de ses jardins avec son ami Gorges Truffaut, le fameux paysagiste français. Même s’il assurait, qu’au niveau des espèces, il n’avait aucune préférence, durant toute sa vie, les nymphéas, les iris et les herbacés ont été ses favorites et celles qu’il a le plus peintes sur ses toiles.

 

 

Au XXIe siècle, c’est à travers la technologie que les artistes cherchent un moyen de sortir des chemins battus et de présenter des nouveautés sur le marché. Cependant, la meilleure inspiration vient des méthodes et non des résultats. Étudier les manières d’agir, le vécu et les développements techniques de ce qui a été produit de par le passé est une excellente manière de trouver une inspiration qui va bien au-delà des résultats et qui ouvre aux artistes contemporains, la porte d´une inexhaustible créativité.

 

La nature reste, cependant, une intarissable source d’inspiration, grâce à son essence mathématiquement interminable, à ses couleurs encore insoupçonnées et à son permanent pouvoir évolutif.

 

C’est dans la nature que des artistes comme Andy Warhol, Takashi Murakami, Marc Quinn, Beatriz Milhazes et tant d´autres ont puisé et puisent encore leur inspiration en constante évolution.

 

Pendant l’été, lorsque la nature nous offre sa beauté et ses incessantes métamorphoses, les artistes contemporains observent et se laissent séduire par celle qui est la source historique, évolutive et intarissabe de la création artistique.

 

Ricardo Fernandes, 2019
The Association of Art Museum Curators (AAMC), New York, États Unis
Association Internationale des Critiques d’Art (AICA), Paris, France
Association for Art History (AAH), Londres, Royaume-Uni